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Réflexions

GRENOBLE 1927: UN PANORAMA DE L'ART BELGE

 

  

Ce projet a pour ambition de reconstituer l’exposition d’art belge contemporain organisée à Grenoble d’août à novembre 1927. Comprenant septante-quatre numéros à son catalogue, cette exposition constitue l’un des plus beaux et des plus novateurs ensembles d’art belge contemporain des années 1920 présentés à l’époque. Outre le fait de nous donner à redécouvrir les trente et une œuvres d’art belge moderne conservées à Grenoble depuis cette époque et pour la plupart d’entre elles jamais plus montrées en Belgique, cette exposition nous permet de reconstituer une « capsule » de temps dénuée du discours interprétatif que nous pouvons avoir sur cette période aujourd’hui.

Le 20 août 1927 est inaugurée, au Musée de Peinture de Grenoble, une grande exposition d’art belge contemporain intitulée L’Art belge. Placée sous l’égide de l’Association de propagande artistique belge à l’étranger, cette exposition avait pour objectif de présenter le panorama le plus exhaustif possible de l’art belge de l’époque.
Cette exposition aurait pu, comme toutes les autres expositions d’art belge officielles de l’époque se contenter de présenter quelques artistes consensuels,  même pas nécessairement « modernes » comme on peut en juger à  partir d’autres catalogues. C’était sans compter l’énergie de Pierre-André Farcy, dit aussi Andry-Farcy, publicitaire et conservateur du Musée de Grenoble. Andry-Farcy souhaitait en effet faire de son musée le premier musée d’art réellement contemporain de France, voire d’Europe, bien loin du modernisme sage  voire rétrograde encouragé alors par les institutions parisiennes. C’est ainsi que dès 1921, il accroche aux cimaises du musée grenoblois un tableau de Pablo Picasso, premier des tableaux de l’artiste entré dans une collection publique française. Andry-Farcy avait pour ce faire, vu le peu de ressources dont jouissait son musée, mis au point le principe suivant : il proposait aux artistes novateurs en mal de reconnaissance officielle de présenter leurs œuvres en échange du don de celles-ci.

C’est ainsi que l’exposition de Grenoble, bien qu’intégralement financée par  l’Association de propagande artistique belge à l’étranger, présenta, en deux groupes successifs, l’ensemble d’art belge contemporain le plus complet et le plus novateur qui fût jamais présenté à cette époque, y compris au sein des institutions belges. Dans le cas de l’exposition d’art belge qui nous occupe, il n’en alla pas autrement : refusant la seule sélection proposée par l’Association de propagande artistique belge à l’étranger, Andry-Farcy se mit en relation avec les galeries Sélection et Le Centaure, pionnières de l’art belge moderne des années 1920,  pour leur demander de présenter un second groupe d’artistes belges contemporains, plus moderne celui-ci et comprenant les expressionnistes flamands.


Le premier groupe, proposé par l’Association de propagande artistique belge à l’étranger, fut constitué d’artistes notoires, plutôt en fin de carrière, tels James Ensor, Eugène Laermans, Jakob Smits, ainsi que des artistes plus jeunes mais relativement « sages », fauves pour la plupart : Jos Albert, Jean Brusselmans, Willem Paerels, Louis Thévenet, Hippolyte Daeye, Fernand Toussaint, Ramah, Albert Servaes, Léon Spilliaert, etc.

 
Le second groupe, placé sous la responsabilité d’André De Ridder et Paul Gustave Van Hecke, respectivement animateurs des galeries Sélection et Le Centaure, présentait quant à lui le fleuron des avant-gardes belges. Laissé au choix des artistes eux-mêmes, ceux-ci s’étaient regroupés par tendance, au lieu de se présenter par ordre alphabétique. Etaient ainsi présentés: les «expressionnistes» (Constant Permeke, Gustave De Smet, Floris Jespers, Frits Van den Berghe, Gustave Van de Woestyne, Joseph Cantré, Oscar Jespers et Edgard Tytgat), les «surréalistes» (René Magritte et Auguste Mambour), le groupe «Jeune Peinture» (Jean-Jacques Gailliard, Hubert Malfait et Georges Lebrun), et  les «Plasticiens» (Felix De Boeck, Pierre-Louis Flouquet et Victor Servranckx).

Andry-Farcy s’était en outre assuré une publicité immanquable : le prêt par Sa Majesté la Reine Elisabeth pour toute la durée de l’exposition de l’un des plus célèbres tableaux de Bruegel l’Ancien conservé au Musée de Bruxelles, La Chute d’Icare. Symboliquement, il avait même placé une reproduction de ce tableau transporté à Grenoble par valise diplomatique sur la couverture du catalogue de l’exposition.
Le stratagème fonctionna : même les journalistes opposés à sa politique artistique furent obligés de relayer l’information. Cependant, si l’exposition est un succès dans la presse internationale (avec la parution, par exemple, d’un numéro spécial de la revue parisienne L’Art vivant consacré à la Belgique en octobre 1927), il n’en est pas de même dans la presse grenobloise, plus conservatrice : la critique de l’exposition par La République de l’Isère et du Sud-Est parle, par exemple, des « horreurs de l’exposition de l’art belge ».
Il est bon de rappeler qu’on n’est pas loin, ici, des critiques énoncées à propos de l’exposition des mêmes artistes à l’Exposition universelle de Bruxelles en 1935. Si nous sommes habitués à regarder ce type de production artistique aujourd’hui, ce n’était pas nécessairement le cas à l’époque, comme en font d’ailleurs état les œuvres sélectionnées dans le premier groupe de cette exposition.

Enfin, à l’audace de la présentation d’Andry-Farcy s’ajoutent deux événements importants d’un point de vue historique : d’une part l’exposition de Grenoble serait la première exposition où figurerait, dans un cadre officiel, la mention d’artistes « surréalistes » , d’autre part l’organisation des quatre entités du second groupe, regroupées par style et affinités et non plus par support, et constituée par les artistes eux-mêmes, apparaît comme réellement novatrice.
Comme ce fut le cas pour les autres artistes exposés par Andry-Farcy, celui avait souhaité recevoir des œuvres des artistes belges afin de les présenter dans son musée. C’est ainsi que les œuvres de Jos Albert, Hippolyte Daeye, Felix De Boeck, Pierre Dequène, Pierre-Louis Flouquet, Oscar Jespers, Georges Lebrun, Henri Puvrez, Albert Saverys, Albert Servaes, Victor Servranckx, Léon Spilliaert, Rodolphe Strebelle, Fernand Verhaegen et Adolphe Wansart furent données au musée par leurs auteurs, tandis que celles présentées par Gustave De Smet, Jean-Jacques Gailliard, Floris Jespers, Auguste Mambour, Frits Van den Berghe firent l’objet d’un don de la part de leurs propriétaires, le couple de galeristes Van Hecke-Norine. Celles de René Magritte et Edgard Tytgat furent offertes par la galerie Le Centaure, et celle d’Hubert Malfait par le critique d’art André De Ridder. Constant Permeke préféra donner une Tête de pêcheur à la place du tableau exposé (A propos de Permeke). Des donateurs particuliers, enfin, complétèrent ce panorama en donnant, en ce qui concernait Enrique Mistler, banquier anversois, membre du cercle anversois L’Art contemporain et de l’Association belge de propagande artistique à l’étranger, un Paysage de Campine réalisé par Jakob Smits, et, en ce qui concernait le galeriste anversois Joseph Breckpot, un Paysage de Jean Brusselmans, une seconde œuvre de Constant Permeke, La Mer du Nord, un Bouquet de fleurs d’Edgard Tytgat, ainsi qu’une toile du peintre belgo-parisien Médard Maertens, dont aucune œuvre pourtant n’avait été sélectionnée dans le cadre de l’exposition de 1927. La plupart de ces œuvres n’ont plus été montrées en Belgique depuis cette époque.

Outre l’opportunité esthétique que constitue le remontage de cet ensemble en Belgique l’exposition nous paraît de première importance en ce qu’il nous permet de montrer un ensemble pratiquement exhaustif de la production belge de l’époque, des artistes fondateurs aux modernistes sages ou plus avancés. D’un point de vue plus propre à l’histoire de l’art, cette exposition nous permet de revenir sur le contexte de la représentation muséale des artistes vivants dans les années 1920. Face au classicisme des institutions belge et parisienne, le pari d’Andry-Farcy, inédit à l’époque, permit au Musée de Grenoble de constituer l’une des plus belles collections d’art de la première moitié du XXe siècle. Y compris en matière d’art belge.

  

 


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